zeniter aliceCasque bouclé posé sur un minois charmant, regard sage de normalienne et rondeur poupine de la jeunesse heureuse, Alice Zeniter, 27 ans dont une bonne partie passée dans la côte de Grâce, n’est pas un mauvais choix pour l’attribution du Prix du Livre Inter 2013, si l’on s’en tient à de strictes considérations marketing.

Quant à ses qualités de plume, force est de reconnaître que nous risquons de devoir nous y pencher d’un peu plus près dans les temps prochains. Non qu’on l’ait résolument boudée jusqu’à présent, mais ses deux précédents romans manquaient peut-être d’un petit quelque chose pour émerger significativement du flot perpétuel des œuvres de librairie.

Son premier livre, Deux moins un égal zéro, écrit d’une traite (normande ?) à 16 ans et publié par la confidentielle maison d’édition nantaise Petit Véhicule, souffrait par ailleurs, soyons honnêtes d’une couverture intéressante. Au moins aussi intéressante que le titre, pour être plus précis. Les premiers pas ne sont jamais faciles, c’est entendu. C’est donc avec beaucoup de bienveillance que nous pouvons considérer la suite, car la fable, charmante sans doute, demeure difficile à trouver jusque dans son synopsis et nous oblige à rester sur cette poétique du baptême.

Jusque dans nos bras (Albin Michel, 2010) fut une tentative déjà plus mature, plus considérée, plus vendue certainement aussi (ce qui, laissons-nous aller à cette taquinerie, ne devait pas être difficile). Ne serait-ce qu’en raison de la maison d’édition, solide, et évidemment de la couverture, qui, répétons-le, n’est pas un moindre détail même pour le lecteur le mieux intentionné. Absolument. Cette fois-ci donc, sobre, la couverture. Sobre, élégante et sérieuse. Le cœur du récit pourrait en revanche s’attirer de la part de certains quelques menus reproches de mièvrerie et d’humanisme bon marché enrobés d’un soupçon de sensationnalisme, puisque l’époque était alors au débat identitaire et le sujet facile. Chez d’autres, la délicate et ô combien sincère esquisse (de l’aveu de l’auteur) pourrait provoquer des attendrissements compréhensifs et des encouragements charitables. Le quatrième de couverture se présente ainsi :

« Je suis de la génération qui a fêté ses dix ans avec le génocide rwandais, je suis de la génération qui a perdu Bertrand Cantat et découvert la Lituanie par la même occasion, je suis de la génération qui n’aura plus de pétrole alors qu’elle commence à peine à s’amuser avec les low-cost, je suis de la génération qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » 

Aujourd’hui Alice se marie avec Mad. Mad est malien. Ils sont les meilleurs amis du monde depuis leur enfance, ils ont partagé le même bac à sable, le même collège et le même lycée, ils se sont enthousiasmés, engagés et révoltés, ils ont grandi ensemble, envers et contre tous.Aujourd’hui Alice se marie avec Mad. Mais leur mariage est un mariage blanc. Parce que c’est la seule chose qu’Alice peut faire pour sauver son ami, parce que ce sera la pierre de touche de son engagement, le point final de son adolescence.

Ouf.
A quoi n’avons-nous échappé sans le savoir…

ZENITER-Alice-sombre-dimancheNous jugerons donc les promesses de la jeune plume sur son dernier enfantement : Sombre Dimanche (Albin Michel, 283 pages), déjà salué par le Prix de la Closerie des Lilas 2013, et récompensé cette année par un jury de choc, au détriment du Goncourt 2009 Marie NDyae (pour Ladavine, Gallimard, 416 pages) et du tempétueux Olivier Adam (Les Lisières, Flammarion, 453 pages). La jeune femme aura pu patiner sa patte et son propos pour livrer un roman digne de ce nom qui calera idéalement le tube de crème solaire cet été et nous donnera bonne conscience, la plongée s’annonçant corsée, tout de même : « Les Mandy habitent de génération en génération la même maison en bois posée au bord des rails près de la gare Nyugati à Budapest. Le jeune Imre grandit dans un univers mélancolique de non-dits et de secrets où Staline est toujours tenu pour responsable des malheurs de la famille. Même après l’effondrement de l’URSS, qui fait entrer dans la vie d’Imre les sex-shops, une jeune Allemande et une certaine idée de l’Ouest et d’un bonheur qui n’est pas pour lui. »

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À propos de NE

Blogueuse depuis 2006 - Parisienne et tête chercheuse - Aficionado du 2.0

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