finkielkrautAlain Finkielkraut

Philosophe, essayiste et écrivain, Alain Finkielkraut est une voix à part dans le paysage médiatico-culturel français.

Fils de deux orphelins dont les familles furent presque intégralement englouties dans les camps de la mort, Alain Finkielkraut est Juif d’abord et Juif irrévocablement, mais aussi Français, profondément, dans sa culture, dans sa pensée et dans son identité, quoi qu’il arrive.

Il est né à Paris quatre ans après la fin de la seconde guerre mondiale. Son père, Daniel Finkielkraut, maroquinier polonais venu en France dans les années 1930 avec sa famille pour fuir les persécutions antisémites de son pays, tenait une boutique rue Jean-Pierre Timbaud lorsqu’il fut arrêté en 1942, déporté par les autorités française à Drancy d’abord puis directement à Auschwitz, où il survécut trois années durant jusqu’à la Libération. Des membres du clan Finkielkraut, beaucoup ne reviendront pas, parmi eux les grands-parents du philosophe. De l’autre côté, il y a sa mère, Laura avant la guerre puis « Janka » sur les faux papiers qu’elle parvient à se procurer. Un nom qu’elle conservera ensuite, s’étant faite à sa sonorité. Juive polonaise également, Janka restera longtemps cachée en plein coeur du Reich avant de rejoindre finalement la Belgique et plus tard encore la France, mais après la fin du chaos, aucun membre de la famille maternelle ne réapparaîtra. Un engloutissement pur et simple.

Ses parents n’érigent aucun tabou sur leur vécu et le racontent par bribes à leur fils unique, évoquant des visages ou des instants particuliers. Parmi les souvenirs remémorés doucement, il y a celui de ces retrouvailles douloureuses près de l’hôtel Lutetia, dans la cohue de la Victoire. Daniel Finkielkraut, rapatrié d’Auschwitz, tombe sur son frère, qui lui s’était caché en zone libre. « Où sont les parents, demanda Daniel – Ils ont été arrêtés et déportés. Mais ils vont revenir puisque tu es revenu. – Non, ils ne reviendront pas, avait alors murmuré Daniel, les yeux fixes.

Le jeune Alain, rebaptisé Fink sur les registres de l’école élémentaire, moins long, plus français, n’en développe pas moins une fascination romanesque pour ce peuple juif auquel il appartient de fait et aux traumatismes duquel il s’identifie pleinement sans les avoir éprouvés lui-même dans sa chair, comme il commence à en avoir conscience à l’adolescence. Poussé par sa mère, aimante, possessive et très protectrice qui ira jusqu’à rencontrer le proviseur du lycée Henri IV pour le convaincre, son accent polonais roulant sur les mots, d’accepter son brillant enfant dans l’établissement prestigieux, il intégrera, au terme d’une scolarité attentive puis d’une hypokhâgne sérieuse et grave rue Clovis, l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud.

Irrévocablement conscient de sa judéité et attaché à elle par plein choix l’âge adulte franchi, Finkielkraut devient un homme de pensée très engagé qui exclut le confort intellectuel et se refuse à pratiquer les séductions auxquels d’autres succombent lorsque les plateaux télévisés s’allument.

Au cœur de sa réflexion et de ses prises de position, il y a évidemment un attachement puissant aux racines, au devoir de mémoire et au principe de transmission et de responsabilité. Il y a aussi, chargée d’inquiétude et ancrée dans l’actualité, la critique de « la barbarie du monde moderne », celle des comportements et des dérives de la société « vertueuse » et extasiée, celle aussi de la déliquescence des biens républicains : l’école, l’assimilation, le vivre-ensemble. Il devient un « anti-penseur officiel qui prend à rebrousse-poil l’individualisme narcissique des nomades sympas et des déracinés volontaires » (Christian Authier, Alain Finkielkraut ou ce présent qui ne passe pas, mai 2002).

Il enseigne la philosophie à l’Ecole Polytechnique et anime depuis 1985 l’émission « Répliques » sur France Culture.

Ses maîtres à penser sont Hannah Arendt, Charles Péguy, Claude Lévinas et Milan Kundera.

Anecdote : « Je suis allé souvent en Israël  je crois qu’Israël est une composante essentielle de la sensibilité juive pour tous. Je n’ai pas eu envie d’y séjourner. Israël a été conçue comme étant le lieu de rassemblement des exilés. Or je sais très bien que la culture française m’a modelé, je suis imprégné par cette langue et par cette culture… Donc si j’allais en Israël  par volontarisme, par souci idéologique, je ne mettrais pas fin à mon exil, je créerais là-bas un nouvel exil par rapport à la culture française. » AF, 16 mars 1983, entretien sur Radio Canada. 

Oeuvres majeures : Le nouveau désordre amoureux (1977), La défaite de la pensée (1987), Le Juif imaginaire (1982), Comment peut-on être Croate ? (1992)

Extrait, page 99

un coeur intelligent

Un coeur intelligent, d’Alain Finkielkraut (2009)

En parfaite symbiose avec le pathos caractéristique du siècle des situations extrêmes, il [Camus] affirme : « Je me révolte donc nous sommes. » Individuelle dans son essence, la révolte remet pourtant en question la notion même d’individu : « C’est pour toutes les existences en même temps que l’esclave se dresse lorsqu’il juge que, par tel ordre, quelque chose lui est nié… » Par le simple fait d’assigner une limite à l’oppression, la révolte affirme « la dignité commune à tous les hommes ». Elle met au premier rang de ses références « une texture commune, la solidarité de la chaîne, une communication d’être à être qui rend les hommes ressemblants et ligués ». Bref, et pour le dire d’un mot devenu anachronique, l’homme jeté hors de ses gonds par l’inhumanité découvre l’existence d’unenature humaine : « Pourquoi se révolter s’il y a en soi, rien de permanent à préserver ? »

Mais, dit Camus – et c’est tout le sens de la polémique de son livre [L’homme révolté] -, la passion révolutionnaire s’est acharnée contre cette double révélation, par la révolte, de la limite et de la nature. Pour assurer la victoire de l’esclavage insurgé, elle a enjambé sans vergogne la frontière que celui-ci avait voulu tracer. Résultat : elle a constitué le crime en moyen d’action légitime et même en mode de gouvernement. Au nom de la Révolte, la Terreur s »est installée et Staline a mis Spartacus dans un camp de concentration.

Publicités

À propos de NE

Blogueuse depuis 2006 - Parisienne et tête chercheuse - Aficionado du 2.0

Une réponse "

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s